Offre Normandie
AOP normandes : « mieux intégrer les fermiers »
Présidente de l’association regroupant les quatre AOP régionales, Emilie Fléchard (Gillot) souhaite une filière plus inclusive, pour les fermiers en premier lieu.
Présidente de l’association regroupant les quatre AOP régionales, Emilie Fléchard (Gillot) souhaite une filière plus inclusive, pour les fermiers en premier lieu.
Dans un contexte de mutations profondes pour les filières AOP, Émilie Fléchard, présidente de l’association qui regroupe les ODG des quatre AOP normandes, et présidente de la Fromagerie Gillot, livre son témoignage sur l’importance du pluralisme au sein de l’AOP camembert de Normandie. Elle plaide pour une filière plus ouverte et tournée vers l’avenir.
L’enjeu des jurys de dégustation
Elle pose d’emblée le cadre : « Il faut des fermiers, des fromageries intermédiaires, mais également des grands groupes. C’est une force pour le camembert de Normandie d’avoir cette diversité, un atout face aux attentes variées des consommateurs, d’autant que, malgré un cahier des charges assez strict, chacun a ses petits réglages, ses terroirs, ses ferments. »
L’un des sujets sensibles concerne la définition organoleptique de l’AOP. Émilie Fléchard constate des écarts de perception importants entre les acteurs, certains fermiers reprochant aux produits industriels d’être « standards », tandis que des industriels peinent parfois à accepter la variabilité des fromages fermiers.
blabla ‘‘ Interdire le robot, c’est s’assurer de ne plus avoir de producteurs dans dix ans. ’’
Pour y remédier, l’ODG envisage la création de panels de dégustation élargis, incluant des profils variés (âge, horizon, métier) et un expert externe. Objectif : « Se donner des repères communs » pour qualifier les défauts (comme un goût « ammoniaqué ») et les qualités (complexité aromatique, lien au terroir).
La situation des producteurs fermiers est au cœur de ses préoccupations. L’année dernière, Jeannine Lelouvier, de la ferme Naturellement Normande, a cessé son activité, victime d’une charge de travail trop lourde. L’artisane Stéphanie Conrad (la Fromagerie de Stéphanie), la plus petite laiterie de l’AOP a récemment renoncé à réintégrer l’AOP camembert, malgré un avis favorable obtenu début juillet (lire encadré ci-contre).
Encadrer les robots de traite
Autre sujet en discussion : l’usage des robots de traite. De plus en plus de jeunes éleveurs en font l’acquisition pour alléger leur charge de travail et pouvoir bénéficier de temps libre. Émilie Fléchard estime que l’AOP doit accompagner cette évolution. « Interdire le robot, c’est s’assurer de ne plus avoir de producteurs dans dix ans », estime-t-elle. Elle préconise un encadrement (nombre de traites, nettoyage, qualité du lait) plutôt qu’une prohibition.
Enfin, elle évoque les enjeux de gouvernance au sein des ODG : les fermiers ont parfois du mal à assister aux réunions, faute de temps ou de moyens. Résultat : l’impression que les grandes structures ont la mainmise sur les décisions. Elle propose des solutions concrètes : visioconférences, panels plus représentatifs, accompagnement personnalisé pour les nouveaux entrants. « Nous, on est un très bon collectif », assure-t-elle, mais « il faut qu’on soit plus fort ensemble. »
« Nous avons mis en place un groupe d’animation de producteurs fermiers et petits opérateurs qui se réunit selon les sujets d’actualité et sur demande, précise de son côté Céline Pacary, directrice de l’association. Nous participons aussi au programme Docamex sur les savoir-faire fromagers pour le camembert de Normandie auquel tous ses opérateurs ont été associés. Cependant, remarque-t-elle aussi, la disponibilité des petits opérateurs fermiers notamment est souvent plus restreinte. » n